Film : Un coup de maitre

6 €
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Un coup de maitre de Gaston Duprat, 1 h 40, 2019

Avec Guillermo Francella, Luis Brandoni, Raúl Arévalo

Comédie

Nationalités Espagnol, Argentin

 

 

Arturo est le propriétaire d’une galerie d’art à Buenos Aires, un homme charmant, sophistiqué mais sans scrupules. Il représente Renzo, un peintre loufoque et torturé qui traverse une petite baisse de régime. Leur relation est faite d’amour et de haine.

 

Début du film. Dans un musée, une voix invite le public à admirer un portrait du peintre Renzo Nervi. Au volant d’une puissante berline, un homme, au regard caché derrière des lunettes noires, affirme être un assassin. Inutile de chercher immédiatement le lien entre ces deux images. Le mieux est de rester à l’écoute de ces deux sons qui s’entrechoquent pour traduire l’ambiance de cette comédie sombre et acide qui marie harmonieusement humour, émotion et réflexion et dont la plus belle réussite est de parvenir à maintenir constamment le spectateur dans un état de trouble.

 

Dans Mi obra maestra (titre original signifiant « Mon chef d’oeuvre ») il est question d’art. L’art de mettre le public dans sa poche (le séduire, le convaincre voire le duper). Mais aussi de réfléchir à ce qu’est l’art de manière générale, comment il est perçu, ce qu’il représente, comment et pourquoi on devient artiste... 

 

Auteurs de nombreux documentaires et fictions, les réalisateurs argentins Gaston Duprat et Mariano Cohn ont toujours pris un malin plaisir (qu’ils nous font partager) à poser un regard incisif et caustique sur le monde qui les entoure, tout particulièrement celui de l’art contemporain. Après L’homme d’à côté, puis L’artiste, c’est seul que Gaston Duprat (Mariano Cohn se consacre, cette fois, à la production) se penche sur les mécanismes de la création et les compromis qui la sous-tendent, à travers l’étude du comportement de deux amis en apparence bien mal assortis.

 

L’histoire, racontée sous forme de flashback, démontre sans jamais forcer le trait que des routes divergentes peuvent finalement mener vers la même destination.

Arturo (Giullermo Francella) est un galeriste charmant et affable. Toujours élégamment vêtu, il évolue dans un univers de femmes mondaines et de collectionneurs richissimes avec qui il sait parfaitement mener des négociations en tous genres. Il a pour client Renzo Nervi (Luis Brandoni), un artiste plasticien qui a connu la gloire il y a quelques années mais qui ne vend désormais plus aucune œuvre. Ce désintérêt du public l’a rendu grincheux et misanthrope. A la limite de la clochardisation, il vit enfermé chez lui, hostile à toute proposition de vie sociale à tel point qu’il saborde lui-même une œuvre qu’il avait accepté de réaliser, sous la pression d’Arturo, pour le compte d’une multinationale suédoise. Afin d’affirmer la vacuité de ce milieu qui le rejette et qu’il rejette, il assigne Alex, un jeune homme sincère et naïf venu lui clamer toute son admiration, à des tâches ingrates et inutiles. Son avenir semble désormais bien bouché et son amitié avec Arturo être arrivée à son terme.

 

C’est alors qu’un événement surprenant qui leur permet d’unir leurs egos, leurs frustrations et leur cynisme donne un étrange élan à leur entente. La satire jusque là justement acerbe accélère le rythme pour se donner des allures de thriller plaisant. De rebondissement en surprise, la narration nous bouscule de directions imprévues en situations insoupçonnables, disséminant ça et là quelques bribes de férocité pour mieux nous envelopper de tendresse l’instant d’après, jusqu’à nous transporter aux confins des paysages rougeoyants de Jujuy à la beauté sereine. Car si ce monde de l’art révèle bien des failles, il brille aussi par son raffinement. L’esthétisme soigné dont Gaston Duprat entoure ses décors apporte une dimension supplémentaire à cette farce humaine qui, si elle soulève de multiples questions sur la réalité de l’art, a la sagesse de ne jamais y répondre, laissant à chacun le choix de son jugement.

 

Si Un coup de maître doit beaucoup à la fluidité de son scénario immédiatement compréhensible et à une mise en scène inventive et structurée, la présence de ce duo de comédiens célèbres en Argentine reste son plus bel atout. Leur jeu aux multiples nuances n’en finit plus de nous séduire grâce à leur capacité à transformer le cynisme en tendresse et la mesquinerie en générosité et à faire de ces hommes peu scrupuleux et égoïstes des êtres finalement attachants. 
Avec cette comédie à l’humour grinçant, Gaston Duprat dévoile la vivacité du cinéma argentin et réalise à coup sûr un coup de maître.

 

 

 

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