Film : Compañeros

6 €
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Compañeros de Alvaro Brechner, 2 h 02, 2019

Avec Antonio de la Torre, Chino Darín, Alfonso Tort

Biopic et historique

Nationalités Uruguayen, Espagnol, Français, Argentin

 

 

 

1973, l’Uruguay bascule en pleine dictature. Trois opposants politiques sont secrètement emprisonnés par le nouveau pouvoir militaire. Jetés dans de petites cellules, on leur interdit de parler, de voir, de manger ou de dormir. Au fur et à mesure que leurs corps et leurs esprits sont poussés aux limites du supportable, les trois otages mènent une lutte existentielle pour échapper à une terrible réalité qui les condamne à la folie. Le film raconte les 12 années d’emprisonnement vécues par trois des figures les plus célèbres de l’Uruguay contemporaine, dont son ancien président José Pepe Mujica.

 

A l’heure où les bases de plus grandes démocraties vacillent, il est assurément utile de rappeler l’ampleur des atrocités commises par les dictatures sévissant dans les différents pays du monde. Le réalisateur argentin Álvaro Brechner à qui l’on doit Sale temps pour un pêcheur sorti en 2009, présenté dans plus de 60 festivals et doté d’une trentaine de prix, puis cinq ans plus tard Mr Kaplan également largement récompensé, s’attaque à celle qui, en 1973, transforma ce petit pays d’Amérique latine en un gigantesque camp d’enfermement et de torture et nous livre un récit puissant sur la capacité de résistance de ces êtres humains dotés d’un mental d’acier face à la folie vers laquelle leurs tortionnaires les poussent.

 

Pour bien s’imprégner de ce climat infernal, mieux vaut se replonger dans le contexte politique de l’Uruguay des années 60 et 70. Le mouvement Tupamaros naît à la suite des élections de 1962, alors que la situation politique du pays est bloquée par le partage de pouvoir entre les deux partis traditionnels de droite du pays. Dans un contexte de grande violence, le Parti communiste crée une structure clandestine armée pour se préparer à un éventuel putsch. Cette dimension défensive des Tupamaros est vite remplacée par un idéal révolutionnaire. Les Tupamaros s’approvisionnent peu à peu en armes et en argent pour mener une lutte à grande échelle. A partir de 1966, ils lancent une série d’actions destinées à recueillir des fonds, assassinent des policiers accusés de tortures sur des détenus politiques et organisent cinq grandes marches de protestation.

 

En 1968, le président Jorge Pacheco Areco promulgue des mesures d’exception en réaction à la radicalisation des manifestations étudiantes (étudiants encouragés par mai 68). Il réquisitionne de force des ouvriers en grève, dissout des partis politiques dont le Parti socialiste et censure la presse, interdite de mentionner l’existence des Tupamaros. C’est le début de la montée de militaires, avec notamment la légalisation de la détention sans inculpation.

 

À partir de 1970, la lutte armée s’amplifie au point que plusieurs fois la police est impuissante à la contrer. De 1970 à 1973, les Tupamaros organisent une quinzaine d’enlèvements, dont beaucoup se terminèrent par la libération des détenus (agent du FBI, ambassadeurs anglais, membres de la CIA liés à l’extrême droite uruguayenne aussi appelée « Escadrons de la mort »…).

 

En 1971 ont lieu des élections corrompues par la dictature brésilienne, avec le soutien des États-Unis de Nixon. Le président Juan María Bordaberry est élu, sous la haute surveillance de l’armée avec laquelle il collabore pendant tout son mandat. Il devient le premier dictateur de l’Uruguay. La confrontation entre les Tupamaros et le pouvoir devient alors sanglante et les Tupamaros sont défaits militairement, puis démantelés. C’est alors que commence la détention dans des conditions inhumaines des Tupamaros, parmi lesquels nos trois héros : José Mujica (Antonio de la Torre) qui deviendra en 2010 président de la République, Mauricio Rosencof (Chino Darín), romancier, poète et journaliste et Eleuterio Fernandez Huidobro (Alfonso Tort), nommé ministre de la Défense en 2011.

 

Fort de quatre années de recherche et de documentation, le réalisateur signe une œuvre historique exaltante et militante qui ne se contente pas d’être un simple « film de prison » mais tend bien plutôt à nous faire partager ce voyage vers l’obscurité auquel sont soumis, durant douze ans, ceux qui sont dépossédés de tout tant physiquement que mentalement. Une mise en scène âpre et sans concession parcourt les couloirs de l’insupportable et nous enferme entre fureur et quiétude, brutalité et mansuétude, bassesse et résistance pour mieux nous conduire aux portes de la démence. 


S’il décrit l’une des pires épreuves que l’on puisse imaginer, Compañeros s’applique surtout à souligner la force de l’engagement de l’être humain dès lors qu’il s’agit de lutter pour une cause qu’il estime juste.

 

 

http://www.allocine.fr/film/fichefilm_gen_cfilm=253253.html

https://www.telerama.fr/cinema/films/companeros,n6081964.php

https://www.avoir-alire.com/companeros-la-critique-du-film

 

 

 

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